Renforcer la capacité d'agir des malades
Numératie en santé : comprendre les chiffres pour participer aux décisions
« Ce traitement réduit le risque de 50 %. » « Cet effet indésirable concerne une personne sur mille. » « Prenez ce médicament trois fois par jour. »
Les chiffres sont partout dans les informations de santé. Pourtant, leur présence ne garantit pas leur compréhension. Une donnée peut être exacte tout en donnant une impression trompeuse si elle est présentée sans contexte, sans point de comparaison ou sans explication.
La numératie en santé, appelée health numeracy en anglais, désigne la capacité à accéder aux informations chiffrées concernant la santé, à les comprendre, à les interpréter, à en discuter et à les utiliser pour prendre des décisions. Elle concerne les quantités, les mesures, les probabilités et les graphiques. Elle constitue une dimension de la littératie en santé.
Une compétence mobilisée dans la vie quotidienne
La numératie en santé intervient dans des situations très différentes : comprendre une quantité à prendre, organiser les horaires d’un traitement, lire une étiquette nutritionnelle, suivre l’évolution d’une mesure ou comparer les bénéfices et les risques de plusieurs options de soins.
Elle suppose aussi de donner du sens aux chiffres. Que mesure-t-on ? Avec quelle unité ? Sur quelle période ? Pour quelles personnes ? À quoi compare-t-on le résultat ?
Lire un nombre et comprendre ce qu’il signifie sont deux étapes différentes. Une valeur isolée peut susciter de l’inquiétude sans que la personne sache ce qu’elle représente dans sa situation.
Risque relatif et risque absolu : une différence essentielle
Prenons un exemple fictif, destiné uniquement à expliquer cette distinction.
Sur une même période, un événement de santé touche :
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Sans le traitement 2 personnes sur 100
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Avec le traitement 1 personne sur 100
On peut présenter ce résultat de deux façons :
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Le traitement réduit le risque de 50 % : c’est la réduction relative, puisque le risque est divisé par deux.
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Le risque passe de 2 % à 1 %, soit une diminution de 1 point de pourcentage : c’est la réduction absolue.
Les deux formulations sont exactes. Mais la première, utilisée seule, ne permet pas de connaître l’ampleur du bénéfice. Il faut aussi savoir de quel risque on part.
Pour communiquer les risques, le NICE, organisme britannique de référence en santé, recommande de privilégier les risques absolus, d’employer des fréquences comme « 2 personnes sur 100 » et de préciser la période concernée.
Comprendre une probabilité sans la transformer en certitude
Un risque décrit une possibilité. Il ne prédit pas avec certitude ce qui arrivera à une personne.
Dans un exemple fictif, dire qu’un événement concerne 10 personnes sur 100 ne permet pas de savoir lesquelles seront touchées. La portée de cette estimation dépend aussi de la population étudiée, de la durée d’observation et de son adéquation avec la situation de la personne.
La numératie aide ainsi à poser des questions utiles : « Ce chiffre concerne-t-il des personnes dans ma situation ? », « Sur combien de temps ? », « Quelle incertitude reste-t-il ? »
Comprendre les chiffres, c’est également reconnaître leurs limites.
Rendre les informations chiffrées plus accessibles
La présentation des données compte. Pour comparer deux options, il est préférable de conserver la même base : par exemple, exprimer les deux risques pour 100 personnes et sur une durée identique.
Associer des nombres à un support visuel simple peut faciliter la compréhension. Il est également utile de présenter les deux faces d’un résultat : les personnes qui connaissent un événement et celles qui ne le connaissent pas.
Cependant, un graphique séduisant n’est pas nécessairement facile à comprendre. Les recherches présentées par les CDC montrent que les formats préférés par les personnes ne sont pas toujours ceux qu’elles interprètent le mieux. Le support doit donc être choisi et vérifié avec les personnes auxquelles il s’adresse.
Une responsabilité des professionnels et des organisations
La numératie ne doit pas devenir une exigence supplémentaire imposée aux patients. Les professionnels et les organisations ont la responsabilité de rendre les données utilisables.
Dans la pratique, cela peut consister à expliquer les unités, limiter le nombre de chiffres présentés simultanément, fournir un repère concret et laisser le temps de poser des questions.
Pour vérifier la clarté d’une explication, on peut proposer : « Pour voir si je l’ai expliqué clairement, comment présenteriez-vous ces deux possibilités avec vos mots ? »
L’objectif est d’identifier ce qui mérite d’être repris, dans un échange où la personne peut dire qu’elle hésite ou qu’elle n’a pas compris.
Un apprentissage à intégrer à l’éducation thérapeutique
En éducation thérapeutique, la numératie peut être travaillée à partir des situations rencontrées par les personnes : lire un document de suivi, comprendre une mesure, organiser un traitement ou discuter d’une information sur les risques.
Une piste consiste à proposer des ateliers fondés sur des documents réels, puis à construire ensemble des supports plus clairs. Les patients partenaires et les pairs peuvent contribuer à repérer les formulations ambiguës et les difficultés qui passent inaperçues pour les professionnels.
La question pédagogique devient alors : « De quels repères cette personne a-t-elle besoin pour agir dans son quotidien ? »
Des chiffres au service du pouvoir d’agir
Comprendre les données chiffrées aide à discuter des options de santé. Mais une décision ne se résume pas à un calcul.
Deux personnes peuvent comprendre les mêmes probabilités et faire des choix différents, selon leurs priorités, leur expérience, les contraintes du traitement ou leur projet de vie.
Dans une démarche de santé participative, la numératie doit permettre de poser des questions, de demander une comparaison plus claire et d’exprimer ses préférences. Les chiffres apportent des repères ; les personnes donnent du sens à la décision.
À retenir : la numératie en santé permet de comprendre et d’utiliser les informations chiffrées. Son développement repose à la fois sur des apprentissages adaptés et sur une communication plus claire des professionnels et des institutions.
Ressources pour approfondir
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Golbeck et ses collègues — A definition and operational framework for health numeracy (2005) : une définition fondatrice du concept.
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CDC — Numeracy : une synthèse des recherches sur la compréhension des chiffres et des représentations du risque.
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NICE — Shared decision making, recommandations : des repères pratiques pour communiquer les bénéfices, les risques et les incertitudes.
Par Fabrice Boudinet — Publié le 12 octobre 2026