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Patients et associations dans les essais thérapeutiques : de la participation à la codécision

Pendant longtemps, les patients ont surtout été considérés comme les bénéficiaires de la recherche médicale — ou comme les personnes recrutées pour participer aux essais cliniques. Les chercheurs définissaient les priorités, les industriels développaient les traitements, les institutions autorisaient les études et les patients intervenaient principalement au moment de donner leur consentement.

Cette conception est aujourd’hui profondément remise en cause.

Les patients et leurs associations peuvent contribuer à toutes les étapes de la recherche thérapeutique : faire émerger une maladie jusque-là négligée, collecter des fonds, financer des laboratoires, définir des priorités scientifiques, participer au choix des projets, relire les protocoles, proposer des critères d’évaluation, améliorer l’information des participants, siéger dans les instances de protection et demander la publication des résultats.

Cette implication relève de la démocratie sanitaire. Elle affirme que les décisions concernant la santé et la recherche ne peuvent pas appartenir exclusivement aux professionnels, aux chercheurs, aux industriels ou aux pouvoirs publics. Les personnes directement concernées disposent de savoirs, d’une expérience et d’une légitimité qui doivent être reconnus.

L’enjeu n’est donc plus seulement de faire participer des patients à des essais thérapeutiques. Il est de leur permettre de participer aux décisions qui déterminent quels essais seront réalisés, pour répondre à quelles questions et dans quelles conditions.

De « sujets de recherche » à partenaires de la recherche

La recherche clinique utilise encore parfois le terme de « sujets » pour désigner les personnes incluses dans une étude. Ce vocabulaire traduit une conception dans laquelle la recherche est pensée par les scientifiques puis appliquée aux patients.

Le partenariat repose sur une autre logique. Le patient n’est plus seulement la personne sur laquelle porte la recherche : il peut aussi contribuer à la concevoir, à l’orienter, à l’évaluer et à en diffuser les résultats.

Cette évolution s’appuie sur la reconnaissance des savoirs expérientiels. Une personne vivant avec une maladie connaît des dimensions que les données biologiques ou médicales ne suffisent pas à décrire :

  • les symptômes réellement les plus invalidants ;

  • la fatigue produite par la maladie ou les traitements ;

  • les effets indésirables acceptables ou inacceptables ;

  • les conséquences sur l’autonomie, la vie familiale ou professionnelle ;

  • les difficultés d’accès aux soins ;

  • les contraintes pratiques d’un protocole ;

  • les améliorations qui auraient une véritable valeur dans la vie quotidienne.

Ces savoirs ne remplacent pas l’expertise scientifique ou médicale. Ils la complètent et peuvent en modifier les priorités.

Une recherche de qualité repose ainsi sur la rencontre de plusieurs formes de connaissance : les savoirs scientifiques, les savoirs cliniques, les savoirs méthodologiques et les savoirs issus de l’expérience de la maladie.

La démocratie sanitaire appliquée à la recherche

En France, la démocratie sanitaire a été notamment consacrée par la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Elle reconnaît des droits individuels aux personnes malades, mais aussi une capacité de représentation collective aux associations agréées d’usagers du système de santé.

Appliquée à la recherche thérapeutique, la démocratie sanitaire comporte plusieurs dimensions :

  • le droit individuel de recevoir une information accessible et de consentir librement à une recherche ;

  • le droit de refuser ou d’interrompre sa participation ;

  • la représentation des usagers dans les instances chargées de protéger les participants ;

  • la consultation des associations sur les politiques de recherche ;

  • la participation des patients à la conception et au suivi des études ;

  • la possibilité pour des associations de financer et d’orienter elles-mêmes la recherche ;

  • la transparence sur les protocoles, les financements et les résultats ;

  • le débat collectif sur les priorités scientifiques et l’accès aux innovations.

La démocratie sanitaire ne consiste donc pas uniquement à recueillir l’avis de quelques patients. Elle suppose un partage réel de l’information, de la capacité d’initiative et du pouvoir de décision.

Les différentes formes d’implication

Toutes les démarches présentées comme « participatives » ne donnent pas le même pouvoir aux patients.

L’information

Les patients reçoivent une information sur un projet déjà décidé : lancement d’un essai, modalités d’inclusion, résultats obtenus.

Cette information est nécessaire, mais elle ne constitue pas encore une participation à la décision.

La consultation

Des patients ou des associations sont invités à donner leur avis sur un protocole, une notice d’information ou une question de recherche.

Ils peuvent formuler des propositions, mais les responsables du projet restent libres de les retenir ou non. Une consultation sérieuse doit donc expliquer ce qui a été modifié, ce qui ne l’a pas été et pour quelles raisons.

La collaboration

Les personnes concernées interviennent régulièrement dans certaines étapes du projet : définition des besoins, relecture des documents, choix d’outils d’évaluation, suivi du recrutement ou diffusion des résultats.

Leur contribution est organisée, mais le pouvoir de décision demeure principalement entre les mains du promoteur et des chercheurs.

La coconstruction

Patients, associations, chercheurs et professionnels élaborent ensemble le projet dès son origine.

Les questions de recherche, le protocole, les critères d’évaluation et les modalités de participation sont discutés conjointement. Les responsabilités de chacun doivent être définies, ainsi que les règles de décision et de résolution des désaccords.

La codécision

Les représentants des patients disposent d’une voix effective dans les instances de pilotage, les jurys, les conseils scientifiques ou les comités de suivi.

Ils ne sont plus seulement consultés : ils participent aux arbitrages.

La recherche dirigée par les personnes concernées

Dans certaines recherches communautaires ou associatives, les patients et leurs organisations sont à l’initiative du projet. Ils peuvent définir la question, rechercher les partenaires scientifiques, mobiliser les financements et participer à la gouvernance des données et des résultats.

L’ANRS Maladies infectieuses émergentes décrit ainsi la recherche communautaire comme une démarche scientifique codirigée, dans laquelle les acteurs communautaires sont impliqués de la conception du projet jusqu’à la communication de ses résultats.

Faire émerger des maladies et des besoins négligés

L’une des premières formes d’action des associations consiste à rendre visible ce qui ne l’était pas. Certaines maladies restent peu étudiées parce qu’elles concernent un faible nombre de personnes, touchent des populations minoritaires, sont insuffisamment reconnues ou apparaissent peu rentables pour l’industrie pharmaceutique.

Les associations peuvent alors :

  • documenter les besoins non couverts ;

  • recueillir les témoignages des personnes concernées ;

  • constituer des registres ou des observatoires ;

  • alerter les chercheurs et les pouvoirs publics ;

  • organiser des rencontres scientifiques ;

  • mettre en relation les malades, les cliniciens et les laboratoires ;

  • inscrire une maladie à l’agenda de la recherche ;

  • demander des financements publics ou privés spécifiques.

Cette action est particulièrement importante dans les maladies rares. Lorsqu’une pathologie est mal connue, l’association peut contribuer à identifier les patients, à structurer une communauté, à établir son histoire naturelle et à rendre possible la préparation de futurs essais.

Les associations ne se contentent donc pas de soutenir une recherche déjà existante. Elles peuvent créer les conditions pour qu’une recherche devienne possible.

Financer et orienter la recherche

Le financement constitue l’une des formes les plus directes d’intervention associative. Grâce aux dons, aux legs, aux événements de collecte ou aux partenariats, certaines associations financent :

  • des projets de recherche fondamentale ;

  • des cohortes et des registres ;

  • des recherches en sciences humaines et sociales ;

  • des bourses pour de jeunes chercheurs ;

  • des équipements et des plateformes technologiques ;

  • des études précliniques ;

  • des essais thérapeutiques ;

  • des infrastructures de production ;

  • des entreprises développant des innovations.

L’exemple de l’AFM-Téléthon montre jusqu’où peut aller cette capacité d’action. L’association ne s’est pas limitée à collecter des fonds puis à les distribuer. Elle a construit une stratégie scientifique, organisé des appels à projets, soutenu des équipes, créé ou contribué à créer des laboratoires et des infrastructures comme Généthon, l’Institut de Myologie ou I-Stem, et accompagné le développement des biothérapies innovantes.

Selon l’AFM-Téléthon, son appel d’offres scientifique et médical a permis de financer, en 2025, 108 projets et 40 jeunes chercheurs. Plus de la moitié des essais cliniques financés grâce aux dons du Téléthon concernent désormais des maladies rares extérieures au seul champ neuromusculaire.

Cet exemple illustre une forme particulièrement aboutie de démocratie sanitaire : des malades et des familles mobilisent la société, transforment cette mobilisation en capacité financière puis utilisent cette capacité pour infléchir les orientations de la recherche.

Qui décide des projets financés ?

Le financement associatif soulève une question essentielle : comment les projets sont-ils sélectionnés ?

Plusieurs dimensions peuvent être prises en compte :

  • la qualité scientifique ;

  • la faisabilité du projet ;

  • son caractère innovant ;

  • la compétence de l’équipe ;

  • les perspectives thérapeutiques ;

  • les besoins non couverts ;

  • les attentes exprimées par les patients ;

  • les effets attendus sur la qualité de vie ;

  • l’équité entre les maladies ou les populations ;

  • l’accessibilité future de l’innovation.

L’évaluation scientifique par les pairs reste indispensable. Mais elle peut être complétée par une évaluation associative ou citoyenne.

Des patients peuvent siéger dans les jurys ou comités de sélection afin d’examiner :

  • la pertinence de la question posée ;

  • l’importance du besoin pour les personnes concernées ;

  • l’acceptabilité des contraintes ;

  • la place accordée à la qualité de vie ;

  • les modalités d’information et de participation ;

  • la stratégie de restitution des résultats.

La difficulté consiste à articuler ces différents regards sans demander aux patients de devenir des scientifiques professionnels ni réduire leur rôle à un témoignage émotionnel.

Choisir les priorités de recherche

Les priorités des chercheurs, des industriels, des professionnels et des patients ne coïncident pas toujours.

Un chercheur peut privilégier une question ouvrant de nouvelles perspectives scientifiques. Un industriel peut rechercher un développement susceptible d’aboutir à un marché. Un médecin peut souhaiter améliorer un indicateur clinique. Un patient peut considérer comme prioritaire la fatigue, la douleur, l’autonomie, la communication ou la possibilité de rester à domicile.

La participation des patients peut conduire à poser autrement les questions :

  • Faut-il rechercher uniquement une guérison ou aussi une amélioration de la vie quotidienne ?

  • Quels symptômes doivent être traités en priorité ?

  • Une amélioration biologique produit-elle un bénéfice perceptible ?

  • Les contraintes du traitement sont-elles proportionnées au bénéfice espéré ?

  • Quels risques les personnes concernées sont-elles prêtes à accepter ?

  • Les enfants, les personnes âgées ou les personnes lourdement handicapées sont-ils correctement représentés ?

  • Le futur traitement pourra-t-il être accessible à ceux qui en ont besoin ?

  • Les soins de support, la réadaptation et les interventions non médicamenteuses reçoivent-ils une attention suffisante ?

Associer les patients à la définition des priorités ne signifie pas que toutes les attentes puissent devenir immédiatement des programmes de recherche. Cela impose cependant que les choix soient explicités et débattus.

Coconstruire les protocoles d’essais thérapeutiques

L’implication des patients est particulièrement utile avant le lancement d’un essai. Un protocole peut être scientifiquement solide tout en étant pratiquement impossible à suivre. Des visites trop fréquentes, des examens douloureux, des déplacements lointains, des questionnaires inadaptés ou des horaires incompatibles avec la vie professionnelle peuvent décourager la participation.

Les patients et les associations peuvent contribuer à examiner :

  • la fréquence et la durée des visites ;

  • l’accessibilité des centres ;

  • les besoins en transport ou en hébergement ;

  • la nécessité d’un accompagnant ;

  • les conséquences sur la scolarité ou le travail ;

  • les examens les plus éprouvants ;

  • les critères d’inclusion et d’exclusion ;

  • la compréhension des documents ;

  • la pertinence des questionnaires ;

  • les modalités de suivi à distance ;

  • les conditions de poursuite du traitement après l’essai.

Cette intervention peut améliorer le recrutement, réduire les abandons et renforcer la qualité des données. Elle permet surtout de considérer la participation non comme une simple ressource nécessaire à la recherche, mais comme une expérience humaine dont les contraintes doivent être reconnues.

Choisir ce qui doit être évalué

Le critère principal d’un essai est la mesure utilisée pour déterminer si le traitement atteint son objectif. Ce choix est déterminant. Un traitement peut produire une modification statistiquement significative sans apporter de changement réellement important dans la vie des patients.

Les personnes concernées peuvent contribuer au choix de critères portant sur :

  • la douleur ;

  • la fatigue ;

  • l’autonomie ;

  • la mobilité ;

  • la respiration ;

  • la communication ;

  • le sommeil ;

  • la santé psychique ;

  • la participation sociale ;

  • la vie familiale, affective ou professionnelle ;

  • la charge supportée par les proches ;

  • la qualité de vie ;

  • les contraintes du traitement.

Les résultats rapportés directement par les patients, ou Patient-Reported Outcomes, permettent de recueillir leur propre appréciation de leur santé, de leurs symptômes et de leur qualité de vie. Les patients peuvent également aider à déterminer la différence minimale qui constitue, à leurs yeux, une amélioration réellement perceptible et utile.

Relire l’information destinée aux participants

Avant de participer à un essai, chaque personne doit recevoir une information lui permettant de prendre une décision libre et éclairée.

Or les notices d’information sont souvent longues, techniques et difficiles à comprendre.

Les patients et associations peuvent les relire afin de vérifier :

  • la clarté du vocabulaire ;

  • la présentation équilibrée des bénéfices et des risques ;

  • l’explication de la randomisation et du placebo ;

  • la visibilité du droit de refuser ou de se retirer ;

  • les informations sur les frais et les déplacements ;

  • l’utilisation future des données et des prélèvements ;

  • les conditions d’accès au traitement après l’essai ;

  • les modalités de restitution des résultats ;

  • l’accessibilité pour les personnes présentant un handicap.

L’Inserm a notamment constitué un collège de relecteurs associatifs. Ceux-ci examinent les documents remis aux participants et apportent leur regard sur leur lisibilité et leur acceptabilité. L’Inserm présente les associations de malades comme de véritables partenaires de la recherche.

Une relecture associative ne doit cependant pas devenir une simple validation symbolique. Elle doit intervenir suffisamment tôt pour permettre de réelles modifications.

Participer aux instances de protection et de gouvernance

La démocratie sanitaire s’exerce également par la représentation des usagers dans les institutions.

Les comités de protection des personnes

En France, les comités de protection des personnes, ou CPP, examinent les projets de recherche impliquant la personne humaine.

Ils apprécient notamment :

  • la protection des participants ;

  • la qualité de l’information ;

  • les modalités de recueil du consentement ;

  • la justification des risques et contraintes ;

  • la protection des personnes vulnérables ;

  • la pertinence du recrutement ;

  • certaines modalités de traitement des données et des prélèvements.

Leur composition associe des compétences scientifiques, médicales, méthodologiques, juridiques, éthiques et sociales. Des représentants d’associations agréées de malades et d’usagers du système de santé y siègent conformément au Code de la santé publique.

Leur présence permet d’introduire dans l’évaluation une attention particulière aux droits, à la compréhension des documents et à l’expérience des participants.

Les conseils scientifiques et jurys de financement

Des patients ou représentants associatifs peuvent également participer :

  • aux conseils scientifiques d’associations ;

  • aux jurys d’appels à projets ;

  • aux comités de pilotage des recherches ;

  • aux conseils d’administration de fondations ;

  • aux comités indépendants de suivi des essais ;

  • aux groupes de travail des agences sanitaires ;

  • aux instances chargées de l’évaluation ou de l’accès aux innovations.

Leur influence dépend toutefois des règles de fonctionnement : disposent-ils d’un droit de vote ? Reçoivent-ils les documents suffisamment tôt ? Leur nombre permet-il de ne pas rester isolés ? Sont-ils formés et accompagnés ? Leur avis fait-il l’objet d’une réponse ?

Occuper un siège ne suffit pas à garantir une participation effective.

L’apport historique de la lutte contre le VIH

La mobilisation contre le VIH et le sida a profondément transformé les relations entre patients, chercheurs, industriels et pouvoirs publics.

Dans un contexte d’urgence vitale et d’absence initiale de traitement, les associations ont revendiqué :

  • un accès plus rapide aux essais ;

  • une information complète sur les traitements ;

  • une meilleure prise en compte des effets indésirables ;

  • l’évolution des critères d’inclusion ;

  • la participation aux décisions scientifiques ;

  • la publication des résultats ;

  • un accès équitable aux innovations.

Créé par plusieurs associations de lutte contre le sida, le TRT-5 a développé une expertise collective sur les essais thérapeutiques et engagé un dialogue exigeant avec les chercheurs, les agences et les laboratoires.

Cette mobilisation a montré que les personnes malades pouvaient discuter de méthodologie, contester des protocoles, proposer des modifications et peser sur les politiques de recherche.

L’ANRS a progressivement intégré cette expertise associative. Elle affirme aujourd’hui que la recherche communautaire doit être codirigée et associer les acteurs concernés depuis la conception des projets jusqu’à la communication des résultats.

Recruter n’est pas faire participer

Les associations sont parfois sollicitées principalement pour diffuser l’annonce d’un essai et aider les chercheurs à recruter des participants. Cette contribution peut être utile, mais elle ne suffit pas à caractériser une recherche participative.

Une association ne devrait pas être considérée comme un simple intermédiaire donnant accès à une population de malades. Elle doit pouvoir interroger :

  • la pertinence de l’étude ;

  • les intérêts du promoteur ;

  • les risques et contraintes ;

  • les critères d’inclusion ;

  • les modalités d’information ;

  • le devenir des données ;

  • l’accès au traitement après la recherche ;

  • la stratégie de diffusion des résultats.

L’association doit également préserver sa liberté d’appréciation. Soutenir la recherche ne signifie pas faire la promotion de chaque essai.

Informer sans influencer abusivement

Les associations occupent une position de confiance. Leur communication peut peser fortement sur la décision d’une personne d’entrer ou non dans un essai. Elles doivent donc distinguer clairement :

  • l’information sur l’existence d’un essai ;

  • l’explication de son fonctionnement ;

  • leur éventuelle participation à sa conception ;

  • leur soutien institutionnel au projet ;

  • la décision individuelle de participer.

Cette décision appartient à chaque personne, après une information délivrée par l’équipe investigatrice.

Les bénéfices potentiels ne doivent pas être présentés comme certains. Un traitement expérimental peut être efficace, inefficace ou provoquer des effets indésirables. La personne peut recevoir le traitement comparateur ou un placebo lorsque le protocole le prévoit.

L’association doit également rendre visibles ses éventuels liens financiers ou institutionnels avec le promoteur.

Financement et conflits d’intérêts

Les partenariats entre associations, organismes publics et entreprises peuvent accélérer le développement de traitements. Ils soulèvent néanmoins des questions de transparence et d’indépendance. Une association peut recevoir des financements industriels, cofinancer une étude, détenir des droits liés à une innovation ou entretenir plusieurs partenariats scientifiques. Ces liens ne disqualifient pas automatiquement son intervention. Ils doivent cependant être déclarés et encadrés.

Plusieurs questions doivent être posées :

  • Qui finance la recherche ?

  • Qui définit le protocole ?

  • Qui possède les données ?

  • Qui décide de la publication ?

  • L’association peut-elle exprimer publiquement un désaccord ?

  • Les résultats négatifs seront-ils diffusés ?

  • Quels sont les engagements concernant le prix et l’accès futur au traitement ?

  • Les représentants des patients sont-ils rémunérés ou défrayés ?

  • Les intérêts individuels et institutionnels sont-ils déclarés ?

La transparence ne supprime pas les conflits d’intérêts, mais elle permet de les identifier et de les discuter.

Accéder aux données et aux résultats

La participation des patients ne doit pas s’interrompre lorsque la dernière visite de l’essai est terminée.

Les participants ont contribué par leur temps, leurs données, leurs prélèvements et parfois par une prise de risque. Ils doivent pouvoir connaître les résultats globaux de la recherche sous une forme accessible.

Les associations peuvent demander :

  • l’enregistrement public des essais ;

  • la publication des résultats positifs comme négatifs ;

  • un résumé compréhensible par tous ;

  • la restitution aux participants ;

  • la transparence sur les effets indésirables ;

  • l’accès aux données pour de nouvelles recherches encadrées ;

  • l’information sur les suites données au projet.

La non-publication des résultats constitue à la fois un problème scientifique et une rupture du contrat moral conclu avec les participants.

Les associations peuvent aussi participer à la gouvernance des registres, cohortes, biobanques et bases de données. Elles doivent pouvoir discuter des usages secondaires, des conditions d’accès, de la durée de conservation et des partenariats commerciaux éventuels.

L’accès au traitement après l’essai

Une question importante concerne le devenir des participants lorsque l’essai s’achève.

Si le traitement semble bénéfique, sera-t-il encore accessible ? Pendant combien de temps ? À quelles conditions ? Que se passera-t-il avant son éventuelle autorisation et son remboursement ?

Les associations peuvent intervenir pour demander :

  • une continuité temporaire du traitement ;

  • un dispositif d’accès précoce ;

  • une évaluation rapide par les autorités ;

  • une information transparente sur les délais ;

  • un prix compatible avec l’accès collectif ;

  • une prise en compte des personnes ayant contribué à l’essai.

La participation à la recherche ne doit pas créer une promesse impossible à tenir. Ces questions doivent être discutées avant le lancement du protocole.

Les conditions d’une participation réellement démocratique

 

Pour que l’implication des patients ne reste pas symbolique, plusieurs conditions sont nécessaires.

Intervenir suffisamment tôt

Consulter les patients lorsque le protocole est terminé réduit fortement leur capacité d’influence. Ils doivent être associés dès la définition de la question.

Clarifier leur pouvoir

Leur rôle doit être explicite : information, consultation, proposition, vote, codécision ou copilotage.

Organiser une représentation pluraliste

Une seule personne ne peut représenter la diversité des expériences d’une maladie. Il faut rechercher une pluralité d’âges, de situations sociales, de territoires, de handicaps et de parcours de soins.

Former sans normaliser

Les patients doivent pouvoir comprendre les méthodes et le fonctionnement des institutions. Mais la formation ne doit pas les conduire à adopter automatiquement le point de vue des professionnels et à mettre de côté leur expérience.

Donner les moyens de participer

La participation demande du temps, des déplacements, de la préparation et parfois des compétences importantes. Les frais doivent être remboursés et la question de la rémunération doit être posée clairement.

Garantir l’accessibilité

Les réunions, documents et outils numériques doivent être accessibles. Des aménagements, une interprétation, une transcription ou un accompagnement peuvent être nécessaires.

Rendre compte des décisions

Les chercheurs et les institutions doivent expliquer comment les propositions des patients ont été prises en compte. Un désaccord argumenté est préférable à une consultation sans suite.

Évaluer la participation

Il faut pouvoir déterminer ce que l’implication des patients a effectivement changé : protocole plus acceptable, critères plus pertinents, recrutement plus inclusif, meilleure restitution ou évolution des priorités.

Une vigilance : ne pas transférer toute la responsabilité aux patients

 

Reconnaître le pouvoir d’agir des patients ne doit pas conduire à leur transférer la responsabilité du succès de la recherche.

Les associations ne disposent pas toutes des mêmes ressources. Certaines emploient des salariés et des experts ; d’autres reposent entièrement sur quelques bénévoles. Les maladies les plus médiatisées ou les communautés les mieux organisées peuvent mobiliser davantage de financements que d’autres.

La démocratie sanitaire doit donc s’accompagner de politiques publiques capables de garantir :

  • une recherche sur les maladies peu visibles ;

  • la représentation des personnes les plus éloignées des institutions ;

  • un financement indépendant ;

  • une réduction des inégalités territoriales et sociales ;

  • une expertise publique suffisante ;

  • un accès équitable aux innovations.

La participation associative ne peut pas remplacer la responsabilité des pouvoirs publics.

Ce qu’il faut retenir

 

L’implication des patients dans les essais thérapeutiques ne se résume pas au consentement individuel ni au recrutement de participants. Les patients et leurs associations peuvent :

  • faire émerger des besoins négligés ;

  • collecter et distribuer des financements ;

  • créer des infrastructures de recherche ;

  • contribuer au choix des projets ;

  • définir des priorités ;

  • coconstruire les protocoles ;

  • sélectionner des critères importants pour la vie quotidienne ;

  • relire l’information destinée aux participants ;

  • siéger dans les instances scientifiques, éthiques et institutionnelles ;

  • surveiller les conditions de réalisation des essais ;

  • demander la publication des résultats ;

  • intervenir sur l’accès aux innovations.

Cette implication peut améliorer la pertinence scientifique, l’acceptabilité et la qualité éthique des recherches.

Mais elle ne devient une véritable expression de la démocratie sanitaire que lorsque les personnes concernées disposent d’une information suffisante, de moyens, d’une représentation pluraliste et d’un pouvoir réel sur les décisions.

La question n’est donc plus seulement : « Comment faire participer davantage de patients aux essais thérapeutiques ? » Elle devient : « Comment partager avec eux le pouvoir de décider des recherches qui concernent leur santé et leur avenir ? »

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